Un smartphone annoncé « IP68 » ne résiste pas forcément à la même profondeur d’eau qu’un autre portant exactement le même sigle. La norme IP68 garantit une étanchéité totale à la poussière et une protection contre l’immersion prolongée, mais elle ne fixe ni la profondeur ni la durée : ce sont les fabricants qui les déclarent, chacun selon ses propres tests. Voici ce que couvre réellement cet indice, ce qu’il ne couvre pas, et pourquoi deux téléphones IP68 peuvent tenir 6 mètres ou 1,5 mètre sous l’eau pour la même certification.

Sommaire

Que signifie l’indice IP68 ?

IP68 est un indice de protection défini par la norme internationale IEC 60529, publiée par la Commission électrotechnique internationale (CEI). Les deux lettres « IP » signifient Ingress Protection, protection contre la pénétration. Les deux chiffres qui suivent décrivent deux résistances distinctes, testées séparément.

Le premier chiffre : la poussière

Le « 6 » est la valeur maximale de l’échelle de protection contre les corps solides, qui va de 0 à 6. Un appareil noté 6 est déclaré étanche à la poussière : aucune particule ne doit pénétrer à l’intérieur du boîtier, même après une exposition prolongée à un flux de poussière fine sous dépression, en chambre d’essai.

Le second chiffre : l’immersion

Le « 8 » est le niveau le plus élevé de l’échelle IEC 60529 de protection contre les liquides, qui va de 0 à 8. Il correspond à une immersion continue au-delà d’un mètre, dans des conditions que le fabricant doit préciser lui-même. C’est ce point, souvent ignoré, qui explique les écarts entre appareils.

Pourquoi la profondeur et la durée ne sont pas fixées par la norme

Contrairement à IP67, où la CEI impose un protocole précis (immersion à 1 mètre pendant 30 minutes), IP68 ne fixe pas de valeur unique. La norme indique seulement que la protection doit dépasser celle d’IP67, et laisse au fabricant le soin de définir la profondeur et la durée testées, en accord avec ses propres besoins de conception.

Le rôle du fabricant

Cette latitude existe parce qu’un boîtier électrique enterré et un smartphone de poche n’ont pas la même vocation. La norme aurait dû choisir entre une exigence trop faible pour l’un ou irréaliste pour l’autre ; elle a préféré laisser chaque fabricant documenter ses propres conditions de test, à charge pour lui de les publier.

Ce que ça change pour l’acheteur

Concrètement, le sigle IP68 seul ne dit rien de la profondeur supportée. Il faut aller chercher la fiche technique du fabricant, la page « caractéristiques » du produit ou les mentions légales fournies avec l’appareil, qui précisent en général une profondeur en mètres et une durée en minutes. Sans cette précision, impossible de comparer deux appareils IP68 entre eux : le sigle rassure sur le principe, la fiche technique renseigne sur la marge réelle.

IP68 selon les fabricants : des écarts réels

Deux exemples récents illustrent l’écart possible sous une même certification IP68.

iPhone 15 : 6 mètres pendant 30 minutes

Apple annonce l’iPhone 15 et l’iPhone 15 Plus résistants à une immersion jusqu’à 6 mètres de profondeur, pendant 30 minutes maximum, selon le protocole IEC 60529.

Galaxy S24 : 1,5 mètre pendant 30 minutes

Samsung certifie la gamme Galaxy S24 IP68 pour une immersion jusqu’à 1,5 mètre d’eau douce, également pendant 30 minutes. La durée est identique à celle de l’iPhone 15, mais la profondeur déclarée est quatre fois moindre.

Appareil Certification Profondeur déclarée Durée maximale
iPhone 15 / 15 Plus IP68 6 mètres 30 minutes
Galaxy S24 (gamme) IP68 1,5 mètre 30 minutes
Appareil IP67 générique IP67 1 mètre 30 minutes

Cet écart n’est pas une anomalie : il est légal, documenté par chaque fabricant, et découle directement de la latitude laissée par la norme IEC 60529 pour le second chiffre de l’indice.

Graphique comparant la profondeur d'immersion déclarée pour l'indice IP68 entre l'iPhone 15 et le Galaxy S24, face à l'indice IP67
Source : Apple, Samsung, norme IEC 60529

Ce que l’IP68 ne couvre pas

La certification IP68 est établie en laboratoire, dans de l’eau douce et à pression contrôlée. Plusieurs situations courantes sortent de ce cadre.

Eau de mer et piscine chlorée

Les tests IEC 60529 utilisent de l’eau douce. L’eau de mer, salée et corrosive, ainsi que l’eau chlorée des piscines, ne sont pas couvertes par la certification standard : elles peuvent accélérer la corrosion des joints et des connecteurs, même sur un appareil IP68 en parfait état.

Pression et profondeur au-delà du test

La profondeur et la durée annoncées correspondent à un test précis, pas à une garantie illimitée. Une chute accidentelle dans une piscine profonde, un jet d’eau sous pression, ou une immersion répétée au-delà de la durée testée peuvent dépasser ce que l’appareil a réellement été conçu pour encaisser — sans que cela remette en cause la certification elle-même. De même, un appareil testé en eau calme à 6 mètres n’a pas été testé en chute libre : le choc de l’impact sur l’eau, à grande vitesse, sollicite les joints d’une façon que le protocole d’immersion statique ne reproduit pas.

IP68 face à IP67 et IPX8

La confusion entre ces trois sigles est fréquente parce qu’ils partagent la même famille de tests d’immersion, avec des exigences différentes.

  • IP67 : immersion jusqu’à 1 mètre, 30 minutes maximum. Le protocole est fixe, identique pour tous les fabricants.
  • IP68 : immersion au-delà d’1 mètre, profondeur et durée précisées par le fabricant. Protection contre la poussière incluse (chiffre « 6 »).
  • IPX8 : même principe qu’IP68 pour l’immersion, mais le « X » signale qu’aucun test de protection contre la poussière n’a été réalisé ou publié — l’appareil peut très bien être étanche à la poussière sans que ce soit certifié.

Pour les indices intermédiaires liés aux projections d’eau plutôt qu’à l’immersion, l’article sur les différences entre IPX4, IPX5, IPX6, IPX7 et IPX8 détaille chaque palier, des éclaboussures jusqu’à l’immersion temporaire.

La norme IEC 60529, cadre commun à tous les indices IP

Tous les indices IP, d’IP20 à IP68, sont définis par le même texte : la norme IEC 60529, publiée par la Commission électrotechnique internationale et reprise telle quelle en France sous la référence NF EN 60529. Le premier chiffre décrit toujours la protection contre les corps solides, le second contre les liquides.

Cette base commune permet de situer IP68 sur une échelle continue. En dessous, la norme IP65 protège contre les jets d’eau mais pas l’immersion, et l’indice IP44 ne couvre que les projections d’eau dans toutes les directions, sans jet ni immersion. IP68 est la protection la plus élevée de cette échelle contre les liquides.

Que faire si votre appareil prend l’eau malgré son IP68

La certification IP68 n’est pas une garantie permanente : elle se dégrade avec l’usure des joints, un choc, ou l’ouverture d’un port pour une réparation non certifiée.

  • Ne rechargez pas un appareil mouillé avant qu’il soit complètement sec, même certifié IP68 : l’humidité dans le port de charge favorise la corrosion des contacts.
  • Laissez sécher naturellement, à l’air libre, plutôt que d’utiliser une source de chaleur directe qui peut endommager les composants internes.
  • Sachez que les dommages liés aux liquides sont généralement exclus de la garantie constructeur, y compris sur un appareil IP68 : la certification décrit un test, pas une couverture commerciale.
  • Si l’appareil ne s’allume plus ou affiche des messages d’erreur liés à l’humidité, faites-le contrôler avant toute nouvelle mise sous tension.

Questions fréquentes

Peut-on filmer sous l’eau avec un téléphone IP68 ?

Techniquement, l’immersion déclarée le permet dans les limites de profondeur et de durée du fabricant. En pratique, l’écran tactile réagit mal sous l’eau et les fabricants déconseillent un usage actif prolongé, même dans les conditions testées.

Un appareil IP68 craint-il la douche ou la piscine ?

Une douche à l’eau claire reste sans risque. La piscine pose un problème différent : l’eau chlorée n’est pas couverte par le test IEC 60529, qui utilise de l’eau douce standard.

IP68 est-il toujours mieux qu’IP67 ?

Oui pour la profondeur et la protection contre la poussière, qui sont au minimum équivalentes et souvent supérieures. Mais un IP68 mal documenté par un fabricant peu transparent peut, dans les faits, offrir une profondeur proche de celle d’un IP67.

Pourquoi deux téléphones IP68 n’ont-ils pas la même résistance à l’eau ?

Parce que la norme IEC 60529 ne fixe pas de profondeur ni de durée pour ce niveau : chaque fabricant teste et déclare ses propres valeurs, à condition qu’elles dépassent le seuil d’IP67 (1 mètre, 30 minutes).